1917. La guerre au Luxembourg, une édition voyageuse passée dans les mains d’Apollinaire, Blaise Cendrars et Seghers… mais pas dans celles de son destinataire.

Publié le par Dan Yack


IMGP9529La Guerre au Luxembourg est un long poème de Cendrars publié en 1916 par l’éditeur Dan Niestlé. Cendrars venait de perdre sa main droite au combat, le 28 septembre 1915 : c'est donc le premier livre qu'il publie « de sa main gauche ». Cette « guerre » n'est qu'un jeu : celui des enfants qui jouent dans le jardin du Luxembourg mais montre que la confrontation est dans l'éducation sinon la nature de l'homme.

Tirée à 1011 exemplaires, cette plaquette est illustrée par six dessins de Moïse Kisling, qui s'était engagé volontaire comme Cendrars dans l'armée française et comme son camarade de combat a été grièvement blessé à la ferme Navarin, au cours de la grande offensive de Champagne.

 

Cet exemplaire est enrichi d’un triple envoi de Cendrars : il est dédicacé et destiné à Louis de Gonzagues-Frick (envoi daté du 1er janvier 1917), puis une note, toujours de la main de Cendrars (sous forme d’envoi) indique qu’il a récupéré cet exemplaire chez Apollinaire (note datée du 1er mai 1917 signée « BC »). Il l’a ensuite conservé 33 ans (coïncidence, le chiffre 33 est un chiffre fétiche de Cendrars qui indique dans la biblio de nombre de ses livres « 33 volumes en préparation ») avant de l’offrir à Seghers (envoi daté du 17 septembre 1950).

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Dans une lettre inédite de Cendrars à Apollinaire, cachet postal de Cannes, janvier 1917 (jour illisible) : Cendrars envoie à Apollinaire "La guerre au Luxembourg" pour Louis de Gonzague- Frick et lui demande de le lui donner de sa part (il attend de son côté un livre de Frick, "Trèfle à 4 feuilles" peut-être). La mention "retrouvé etc...", suppose qu’Apollinaire n'a pas pu faire la commission, soit parce que Frick qui était infirmier à Amiens n'avait pas eu de permission à Paris, soit parce qu'il n'avait pas pris la peine de réexpédier le volume. Cette dernière hypothèse est vraisemblablement la bonne comme le montre la note d’Apollinaire commentée ci-dessous. Cendrars a du retrouver le volume lors d’une visite chez Apollinaire et l'a récupéré pour le faire parvenir lui-même. Il a du oublier et l’a ensuite donné à son ami Seghers, éditeur de "La Banlieue de Paris" qui lui avait permis de se réconcilier avec Léger (Merci à Laurence Campa qui a bien voulu me communiquer ces informations).

 

 Lettre GA

Cette information est confirmée par un billet autographe de Guillaume Apollinaire au recto et verso d’un carton d’invitation, daté du 4 avril 1917 et adressée à Louis de Gonzague-Frick (Vente Kahn-Dumousset du MARDI 14 OCTOBRE 2008 à Drouot). Dans cette lettre amicale il cite « un livre de Cendrars », qu’il doit remettre à Gonzague-Frick, il précise d’autre part : « E´tendards est une des parties de Calligrammes, mais vous allez recevoir quelques bulletins de souscriptions.... ». Calligrammes devait être publié en mars 1918 au Mercure de France.

Il signe «Ma Main amie », formule qui deviendra la marque de fabrique de Cendrars. Encore une ressemblance entre l’écriture de Cendrars et celle d’Apollinaire. La polémique née d’Alcools n’a pas fini de rebondir !



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Description :

 

Format :

  • 40 pages In-4 (29,7 x 25 cm).
  • Broché, couverture imprimée
  • 6 dessins de Moïse Kisling reproduits hors texte.

Tirage à 1011 exemplaires :

  • 2 exemplaires sur Hollande vergé numérotés 00 et 000 tirés avec les planches rayées et déposés à la Bibliothèque nationale
  • 6 exemplaires sur vieux Chine numérotés de 1 à 6 et 3 exemplaires d’auteur marqués A
  • 44 exemplaires sur Papier d’Arches à la cuve numérotés de 7 à 50 et 6 exemplaires d’auteur marqués AB
  • 950 exemplaires sur Hollande vergé numérotés de 51 à 1000 (les 25/30 derniers numéros sont, d’après compilation des envois et provenances, réservés à Cendrars)

 

 

 

 

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