1930. Rouleau 5 bis des confessions de Dan Yack. Le petit cahier rouge de Mireille sort enfin de sa « poche secrète ».

Publié le par Dan Yack


IMGP9459.JPGEn 1930 sortent les confessions de dan Yack. La suite du « Plan de l’aiguille » se présente sous la forme de treize sections numérotées qui correspondent à neuf rouleaux enregistrés au dictaphone. Pourquoi rouleaux ? Parce qu’à l’époque où Dan Yack dicte ses confessions, les dictaphones enregistrent le son sous forme de sillons sur des rouleaux de cire.


Ces rouleaux ne sont pas réels, Cendrars n'a pas dicté son livre, ils servent le procédé narratif qu’il utilise pour renouveler l’art de la confession intime qui n’est plus livrée sous forme de lettre ou de carnet mais sous forme de rouleaux de cire. Cendrars essaye encore de transporter son écriture en dehors des frontières classiques afin de lui donner un esprit de nouveauté.

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Un dictaphone et ses boites de rouleaux. © PG Elec http://pagespro-orange.fr/p.g.elec/phono.htm

 

Toutefois, ces rouleaux ne constituent pas l’intégralité du roman. Cendrars y ajoute un cahier: le petit cahier rouge de Mireille, l’épouse décédée de Dan Yack. Ce petit cahier rouge, il l’a trouvé dans « la poche secrète où Mireille cachait ses trésors ». Enfin, il ne l’ajoute pas vraiment, il l’envoie à la secrétaire chargée de retranscrire les rouleaux en lui écrivant : « Mademoiselle, vous trouverez ci-joint le texte de Mireille. Veuillez vous y référer le plus souvent possible pour tâcher de le reconstituer dans son intégrité sans tenir compte de tout ce que j’ai pu ajouter ou omettre ».  Mais il lui demande peu de temps après de lui renvoyer le petit cahier « qui appartient à Mireille » pour finalement en dicter lui même l’intégralité sur le rouleau qu’il numérotera 5 bis. Il en informe la secrétaire en ces termes : « Enfin, bref, Mademoiselle, vous pouvez travailler. Cette fois-ci, je ne vous envoie pas le cahier de Mireille, il lui appartient, c’est un petit cahier rouge que je ne lui connaissais pas, je le remettrai dans sa cachette, aussi je vous l’ai lu d’une traite dans l’appareil, comme en me dépêchant. »

nypelsfoto1930Ce petit cahier rouge de Mireille, Charles Nypels, éditeur néerlandais, l’a sorti de sa « poche secrète » en 1930, approximativement au moment où paraît le roman. Mais cette édition n’a pas fait grand bruit. Elle est si rare que l’on n’en trouve qu’une seule mention sur Google dans l’inventaire de la bibliothèque de l’éditeur et que sa description dans la bibliographie des œuvres complète se trompe de plusieurs dizaine d’année sur sa sortie (notée « 1952 ? ») et considère cette édition comme clandestine alors qu’il est avéré que Charles Nypels fréquentait les milieux littéraires français. Il faut dire qu’en 1930, il ne se remet toujours pas de l’édition d’un Don Quichotte illustré par Hermann Paul qui ne s’est pas vendue et lui a couté plus de 250 000 Florins. C’est peut-être la raison pour laquelle il n’a édité ce petit cahier rouge qu’à 20 exemplaires non mis dans le commerce. Il assouvissait sa passion pour la littérature française et la typographie à la fois. Pour lui, « l’art de l’imprimeur n’est pas seulement le fruit de l’opulence du matériel d’imprimerie mais relève plutôt de la plastique et devrait être vu et réalisé à la lumière de l’originalité ». Ce petit cahier rouge en est un pur exemple. Imprimé en noir et rouge sur papier japon avec une typo simple et sobre, la mise en page laisse la part belle au vide qui met ainsi le texte en valeur. Cette édition, Cendrars ne l’aurait pas reniée lui qui réécrivait ses poèmes pour que les blocs de texte, dans la page, forment un « beau gris ». « l’entière ambition «  de Charles Nypels est « d’utiliser, étudier et perfectionner l’incroyable richesse des possibilités permises par la typographie. » Ce qu’il « déteste le plus ce sont les “jolies” éditions bibliophiliques ».

Avec ce petit cahier, il fait un intéressant travail de « livre parlant ». Pas sous forme de rouleaux, non, mais en essayant, comme dans les reliures parlantes de créer un emballage qui ressemble au vrai carnet intime de Mireille. Une couverture rouge, une typo italique qui se rapproche de l’écriture, un monogramme avec le  « M » de Mireille… nous sommes bien en présence de son « petit cahier rouge ».

Ce petit cahier rouge de Mireille, moi aussi je le sors de sa poche secrète pour vous le montrer, 80 ans après qu’il ait été remis dans sa cachette par le vrai Dan Yack.

 

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Description

"CENDRARS, Blaise, Les confessions de Dan Yack. Rouleau 5 bis : Le petit cahier de Mireille (cahier rouge). 

Sans nom d’éditeur (Charles Nypels / Suzanne Mège), sans lieu d 'édition (Maastricht /Paris), sans date (1930).

Un des 20 ex  hors commerce (celui-ci non numéroté) imprimés sur papier japon. Seul tirage.
N° 2 de la collection “pour Toi et Moi”,

16 pp., format 145 x 230 mm, imprimé en noir et rouge
Composé en Erasmus Mediæval et wide semibold Antieke

 


Je remercie PG elec qui a réalisé les photos du dictaphone et des rouleaux et m’a permis de les diffuser. Ils ont créé un intéressant musée en ligne dans lequel vous pourrez voir une très jolie collection de radios à lampes, radio transistors, phonographes, magnétophones, Juke Box, supports Informatiques, Power Tube, appareils de Mesure.

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Maurice POCCACHARD 17/03/2010 23:03



Les livres imprimés par Charles NYPELS, maître imprimeur à Maastricht, sont remarquables. René-Louis DOYON (Editions La Connaissance - Paris) a beaucoup travaillé avec Charles NYPELS et nombreux
sont les livres sortis de ses presses (ou co-édités).


On trouve pour pas très cher un livre édité en 1986 qui décrit très précisement l'ensemble des livres produits par Charles NYPELS (avec de nombreuses reproductions). Sa lecture est quelque peu
ardue dans la mesure ou il est en néerlandais.